Croire en la démocratie, jusqu'au bout

Amis Tunisiens, amis Egyptiens, il y a un an, nous étions fiers de vous. Fiers et admiratifs. Même si c'est assez schématique de présenter les choses de la sorte, vous avez carrément déboulonné les despotes qui vous dirigeaient depuis des décennies. Certains d'entre-eux voulaient instaurer la présidence à vie, croyant que les citoyens du XXIème siècle accepteraient cela, d'autres voulaient carrément installer durablement leur progéniture sur le trône de la république. Vous avez dit "NON", et vous aviez raison. Et puisque les précurseurs ont plus de mérite, je tire mon chapeau aux Tunisiens qui ont rappelé aux arabes que c'était à eux de lutter pour leur liberté, que personne d'autre ne le fera à leur place et que cela paye forcément.

Au Maroc, nous ne vivons pas la même situation. Ici, un processus qui avance à la vitesse de l'escargot a été enclenché dès la chute du mur en Europe. On nous donne des miettes de liberté et le pouvoir en place a de temps en temps (par nostalgie, plus que par conviction) recours à d'anciennes méthodes pour nous "calmer". Néanmoins, le marocain n'aspire pas au changement. Est-ce la conséquence de siècles de docilité civile ? Ceux qui disent cela (nos amis algériens, par exemple) n'ont jamais rien compris à l'Histoire du Maroc. Jamais le marocain n'a été docile, jamais le pays n'a été pacifié (par les dynasties qui se sont succédées), jusqu'à l'avènement du protectorat français qui nous a coalisé contre lui. En fait, le marocain n'aspire pas au changement parce qu'il sait/pense que le changement peut être pour le meilleur comme pour le pire et étant donné le niveau de nos hommes et femmes politiques du moment, il ne se sent pas en confiance de les voir "vraiment" prendre le pouvoir (que ce soit dans le cadre d'une monarchie vraiment parlementaire, ou autre). Alors est-ce de la lâcheté ou de la sagesse ? Je ne peux dire, pour le moment.

Mais là n'est pas la question. Il ne s'agit pas du Maroc dans ce billet, il s'agit de la démocratie. Il s'agit de ce que j'entends de la part des imbéciles qui disent : ils ont fait la révolution, qu'est-ce qu'ils ont gagné ?

Leur dignité ! Leurs enfants et l'histoire seront fiiers d'eux. Et vous ? Vous léguerez quoi ?

Oui, mais c'est pas ça qui les nourrit aujourd'hui ! Leurs économies se sont effondrées, ils sont plus pauvres qu'aux temps bénis d'avant.

Fine analyse. Mais alors, où voudrez-vous en venir ? Que avant, c'était mieux et que ces gens se sont révoltés pour le plaisir ?

Il y a une confusion grave chez nous qui nous pousse à amalgamer "démocratie" et "économie". Beaucoup de gens ici-bas, croient que la venue de la démocratie ne se concrétise que par l'avènement d'un temps où l'économie est florissante. Mais c'est faux. La démocratie est une finalité, l'économie est tout autre chose. L'effondrement d'un régime politique met à rude épreuve les investisseurs étrangers et les touristes qui sont très frileux et volatiles généralement. Mais tout cela n'est que le prix de la démocratie, et ce prix devait être payé et continuera à l'être le temps qu'il faudra, puis quand les pays concernés seront redevenus matures.

Il y a aussi l'insécurité. Il paraît que c'est devenu invivable en Tunisie de ce côté-là. Mais que voulez-vous que je vous dise ? A mon goût, celui qui estime qu'il peut renoncer à un peu de sa liberté pour avoir un peu de sécurité ne mérite certainement ni l'une, ni l'autre. C'est le propre de tout régime totalitaire d'offrir la sécurité. La protection. "Nous allons vous protéger, contre le monde, contre tout le monde et contre vous-même. En contre partie, signez-nous un chèque en blanc et renoncez à tout.". Signez-vous ?

La démocratie a peut-être déçu, de par ses résultats. Il faut dire que le musulman est borné et que pour lui l'habit fait le moine. Il fera toujours plus confiance à un commerçant barbu qui l'arnaque, sous prétexte que ce monsieur "craint dieu", plutôt qu'à un commerçant non-barbu. Je parle-là évidemment de la montée de l'islamisme. Nous avons eu le tort de confondre islamisme et islam. Je crois dur comme fer que le pouvoir ne doit pas avoir de religion, parce que aujourd'hui, la religion est utilisée pour abrutir les peuples. Parce que pour la religion, le musulman peut tout accepter, tout gober, sans réfléchir. Et ce n'est pas de notre faute, on nous a éduqué à tout gober, tout accepter religieusement, sans réfléchir. 

Ce n'est pas être impie que de dire que le pouvoir ne doit pas avoir de religion, c'est juste pour qu'on ne nous prenne pas pour des cons. Et c'est ce qui est en train de se passer aujourd'hui, même au Maroc. Quand Benkirane dit qu'il a tout fait pour aider les chômeurs et qu'il ne lui reste que la prière, on a bien envie de prier avec lui, mais à ce moment-là qu'il démissionne et laisse son poste à quelqu'un qui ne fera pas QUE prier. Prier, on le fait tous à la maison, mais venir au parlement pour "prier", c'est vraiment utiliser la religion pour abrutir les masses. Personne ne l'a élu imam, ce monsieur. Mais de toute façon, c'est sa spécialité d'esquiver en utilisant la religion. Je me souviens qu'en octobre dernier, mon école de management (HEM) l'a invité, parmi d'autres politiciens, et à un moment donné il répondait à je ne sais quelle question embarrassante en citant le coran. Citer le coran, je veux bien ! Mais là, c'était clairement pour faire taire l'assistance ! Nous ne l'avons pas laissé faire et nous l'avons hué en grande majorité, et c'est alors qu'il nous a sorti son phénoménal "je n'ai rien à faire avec des gens qui sifflent le coran".

La formulation même est prétentieuse ! Ce monsieur se prend pour le coran. Ou alors, il fait semblant de croire que c'est le coran qu'on sifflait et pas lui. De toute manière, c'est un homme politique, par définition quand tu lui sers la main, tu recomptes tes doigts, on ne saura pas s'il est sincère dans sa bêtise ou s'il est juste fourbe, mais je veux juste vous illustrer à quel point l'islam ne doit pas être utilisé comme argument pour prendre le pouvoir de nos jours. Cela pouvait marcher il y a des siècles parce que les gens étaient plus disposés à l'obéissance, aujourd'hui on  veut avoir le droit de questionner les gens qui nous dirigent et les sanctionner (par le vote, par la justice), et c'est juste tellement pénible d'en faire autant avec des gens qui se réclament directement de Dieu, parce qu'à la moindre insolence de notre part, ils nous traitent d'impies, de satanistes, de jeunesse débridée et j'en passe. Et au final, qui se réclame pour Dieu, vous demande de lui concéder des prérogatives divines.

Voilà pourquoi Marx disait que la religion était l'opium du peuple. Ce n'était pas pour attaquer la religion, mais pour dénoncer les effets qu'elle peut avoir quand elle est utilisée par des gens au pouvoir.

La démocratie, accrochez-vous à cet idéal. Même si dans un premier temps les courants religieux prendront le dessus. Ils finiront par décevoir (parce que tout homme politique déçoit, c'est une règle) et à ce moment-là, les gens se souviendront que politique et religion sont deux domaines différents et se mettront à élire les gens les plus compétents et non pas les plus pieux. Continuez à croire en la démocratie, pas parce qu'elle vous apportera la richesse, ce n'est pas sa prérogative : elle vous apportera la dignité, le sentiment de peser, d'être important quelle que soit votre situation financière, d'être respecté, d'aller dans un poste de police sans avoir peur de l'arbitraire, d'aller dans un tribunal sans avoir peur de l'injustice, etc. Ne demandez pas à la démocratie autre chose que ce qu'elle peut donner, sinon ne vous étonnez pas d'être déçu. Cher Abdel-Ilah Benkirane, nous, nous n'avons rien à faire avec des gens qui nous prennent pour des cons.

Quant à l'économie et à l'insécurité : l'économie doit être repensée par des gens qui s'y connaissent, que vous élisez, cela ne se fait pas d'un claquement de doigts et ne croyez pas les hommes politiques qui vous diront le contrairement. Quant à l'insécurité, on a cru trop longtemps que l'on était des bêtes, que seul un régime autoritaire pouvait nous tenir (qui, ici au Maroc, n'entend pas la fameuse phrase "sous Hassan II, cela ne se serait pas produit comme ça"), on est persuadé qu'on est des animaux qu'il faut mâter ! Et d'après le théorème de Thomas : quand un être humain considère qu'une chose est réelle, elle devient réelle dans ses conséquences. C'est donc tout un travail de rééducation de la pensée et de la société pour faire comprendre aux gens que si au commissariat on ne torture plus les gens, ce n'est pas pour leur permettre d'être encore plus malfrats, ce n'est pas "siba", c'est juste l'état de droit et qu'il faut se montrer digne de cet état de droit. N'oubliez pas qu'en Egypte, l'ultime recourt de Moubarak avait été de vider les villes de la police pour que l'insécurité règne et que les égyptiens se souviennent "à quel point ils ont besoin de lui". Cela n'a pas marché dans le temps, espérons que ces stratégies fourbes et machiavéliques ne marchent plus jamais.

Le printemps arabe n'est pas fini. Merci à la Tunisie et à l'Egypte.

Je n'aime pas le Ramadan

Avant de vous emporter, sachez que je ne suis pas fou. Il me semble bien avoir suffisamment blasphémé sur ce blog, mais pas au point de dire ouvertement que je n'aime pas le mois de Ramadan. Mais je vous invite à faire preuve de moins de réaction, moins de passion et de lire ce que j'ai à dire réellement (au-delà d'un titre de billet un peu marketing pour vous attirer).

Sur le papier, le mois de Ramadan est le mois du recueillement et du bilan pour les musulmans. On met de côté nos petites personnes, on met à l'épreuve notre foi, on se prive des plaisirs de la vie dans l'optique de se rapprocher du Divin.

Mais je dis bien : ça, c'est sur le papier. Le Ramadan, chez nous, c'est un mois où on ne mange pas. C'est l'idée principale retenue. Quant à la mise à l'épreuve de l'âme et de la foi, elle est un chouïa faussée par l'interdiction pénale. Eh oui ! Dès lors qu'on est, de toute façon, obligé à faire quelque chose, on a moins de mérite.

Mais à la limite, ce n'est pas ça qui me gêne. En pratiquant assidu, cette immixtion de plus de la part du législateur dans ma vie privée ne me dérange pas outre mesure. Il ne s'agit même pas de moi, pour une fois. Donc rassurez-vous, je ne remets pas en cause la pratique religieuse en elle-même. Ne vous énervez pas.

Ce que je veux pointer du doigt, c'est ce que l'on a fait de ce graaand rendez-vous de l'introspection, de la méditation, et de la pratique de la religion. J'appréhende le Ramadan, parce que j'appréhende la venue d'un mois où tout le monde tire la gueule et où tout le monde pue de la gueule.

Chaque Ramadan, je fais mon maximum pour limiter mes interactions avec les gens, pour éviter le clash. Très peu de gens saisissent l'intérêt de leur jeûne, et cela se traduit par des non-sens effarants. Vous n’entendrez jamais autant de gros mots et d'obscénités dans les rues d'une ville comme Casablanca que pendant le Ramadan. Même si chaque jour les automobilistes Casablancais jouent leurs vies, jamais celles-ci ne seront autant exposées sur les routes de la ville que pendant le mois saint.

Ce mois maigre, censé rapprocher de Dieu, se traduit par des pâtisseries et des charcuteries bondées du matin jusqu'au coucher du soleil. L'inflation y bat son plein à cause d'une demande soudainement dopée par des ventres vides et des bouches qui passent la journée à saliver.

On s'en fout du Ramadan, tout ce qu'on retient c'est qu'on a faim toute la journée et que la soirée on doit se gaver au maximum pour s'en venger. C'est à cela que ça se résume. De l'aube au coucher du soleil, notre objectif est de rentrer à la maison le plus vite possible, pour être attablé le plus vite possible et regarder des programmes idiots à la télé en espérant que cela fera passer le temps plus rapidement.

Je me suis toujours demandé quelle productivité on avait durant le mois saint. Combien de cadres enfermés dans leurs bureaux sont réellement en train de travailler ? Combien d'ouvriers affamés sont en train de trimer ? Est-ce que le seul objectif de nos journées ramadaniennes, ce n'est pas simplement d'attendre qu'elles passent ?

Et ces programmes de télévision débiles qu'on nous sert immanquablement chaque année, s'agit-il d'une vengeance ? Nous veut-on du mal ? Se disent-ils que nous sommes tellement occupé à faire autre chose (manger) que tout passe ?

Toute l'année durant, nous sommes insupportables et, tous autant que nous sommes, détestables. C'est dans notre nature. Le marocain est un loup pour le marocain. Alors imaginez ce loup affamé, frustré, énervé, fatigué par un rythme de vie infernal basé sur un manque de sommeil cuisant. Et ces mosquées qui se remplissent soudainement de pieux croyants... Est-ce que ces croyants pensent que Dieu ne les voit que pendant le Ramadan ? Pensent-ils qu'être un bon pratiquant pendant le Ramadan est plus important qu'être pratiquant le restant de l'année ?

Bien sûr, il y a les gens qui utilisent l'ambiance ramadanienne pour tirer un trait sur leur vie précédente... Mais qui y reviennent après ! Jouent-ils au chat et à la souris avec Dieu ? Non, une seule question doit être posée : sont-ils des adorateurs de Dieu ou des adorateurs de Ramadan ? Parce que Ramadan ne dure qu'un mois et que Dieu est là tout le temps (pour les croyants).

Cette schizophrénie totale n'a pas de limite. Parlons des gens qui arrêtent de boire. Non, qui tiennent à arrêter "40 jours avant le début du Ramadan". Pourquoi ? Parce qu'il ne faut pas boire pendant le Ramadan. Et le restant de l'année ? J'en ai marre. 

Vous avez déjà été à Ain Diab pendant le mois saint ? Les boîtes de nuit deviennent moins hardcore paraît-il. On invite toujours Daoudia, mais on ne vend pas d'alcool, et on se recueille ensemble entre ex-clubbeurs dans une forme soft de clubbing... Comme une thérapie de groupe, pour patienter, en attendant de tous rechuter.

Ne vous méprenez pas. Je ne donne pas de leçons de morale, jamais de la vie. Je ne suis pas un dictateur de la bonne conscience. Je m'en contre-fiche de ce que vous faites de vos vies et aspire à cette société où on me laissera faire ce que je veux de la mienne. Par contre, je suis un farouche défenseur de la COHÉRENCE. Tous ces gens qui changent de peau à chaque Ramadan me désespèrent et me font détester l'ambiance générale hypocrite et délétère qui entoure le mois saint. Voilà pourquoi j'aurais toujours beaucoup plus de respect pour ces gens qui militent ouvertement pour pouvoir "manger le Ramadan", parce qu'ils assument ce qu'ils pensent et ce qu'ils font, beaucoup plus que les autres hypocrites qui me donnent envie de vomir.

Bref, ce n'est pas le Ramadan que je n'aime pas, c'est les ramadaneux et les ramadaneuses qui ont fait du "ramadan" une religion à part entière, basée sur tout ce que j'abhorre dans la société dans laquelle je vis : hypocrisie, violence, l'extravagance, les repas du ftour qui pourraient nourrir tout une tribu dans le Maroc inutile,  les mosquées qui se remplissent pendant 30 jours et qui se vident dès l'Aïd, les gueules qui puent, les gens qui se lavent pas le visage, et j'en passe.

Ode à l'Union Maghrébine (Union du Maghreb)

Soyons naïfs le temps d'un billet dans un foutu blog. Et si on arrêtait de faire les cons et qu'on faisait l'Union Maghrébine ?

D'abord, le monde nous regarderait différemment : quand on demandera à un américain où se trouve le Maghreb, il sera plus facile pour lui de le situer grosso modo dans une carte, quelque part vaguement au nord ouest de l'Afrique.

Sans aller jusqu'à unifier nos diplomaties, nos monnaies, ou nos politiques, on serait d'abord perçus comme un ensemble économique beaucoup plus intéressant qu'on ne le sera jamais chacun dans son coin :

  • 90 millions d'habitant
  • 400 milliards de dollars en PIB nominal

Ainsi, on deviendrait la 30ème puissance économique au Monde, devant les Emirates, le Danemark, la Finlande, Israël, etc.  Bon, bien sûr, cela ne changerait rien à la réalité de notre situation quotidienne. Ce n'est pas parce qu'on a plus de PIB que la Finlande qu'on est mieux côté par rapport à l'IDH. Mais je suis en train de vous vendre le projet maghrébin et pour ce faire, rien de mieux que des agrégats macroéconomiques pour vous faire saliver !

Imaginez que l'on crée des officines supranationales pour effectuer nos commandes  en matières premières de façon groupée. Une demande pour 90 millions d'habitants sera toujours plus intéressante pour les fournisseurs qu'une demande pour 4 millions (Mauritanie) ou 6 millions d'habitants (Libye). 

Imaginez que l'Algérie et la Libye fournissent en priorité le Maroc et la Tunisie en pétrole. Non ! Il ne s'agit pas d'en offrir, mais juste d'assurer un approvisionnement certain (même au prix courant du baril de pétrole). Imaginez que le Maroc redirige ses exportations agricoles vers les autres pays du Maghreb, plutôt à qu'à une Union Europe qui lui demande sans cesse de brader ses prix, qui stigmatise ses productions (préférence européenne, préférence nationale, etc).

Imaginez que le Maroc dise MERDE à l'Europe concernant ses eaux territoriales, que le secteur de la pêche marocaine se structure et devienne lui-même exportateur. 

Imaginez que l'Algérie cesse de financer des gens qui veulent couper le Maroc en deux, pour que l'Algérie et le Maroc s'allient et chassent les barbus-vendeurs-de-drogues de nos Saharas ? 

Imaginez qu'on puisse créer une ligne TGV, non pas de Tanger à Casablanca, pour répondre à un caprice européen, mais plutôt de Tanger à Benghazi et relier toutes les métropoles maghrébines en 5 ou 6h de train ?

Imaginez qu'un matin on puisse, nous marocains, décider de prendre la voiture et nous rendre à Tunis pour passer une semaine de vacances en traversant l'Algérie ?

Imaginez que le monde s'adresse à nous, non plus comme 5 petits points sur une carte de l'Afrique mais plutôt comme un bloc visible et indivisible, proéminent et inévitable interlocuteur ?

Imaginez un système universitaire standardisé au Maghreb, la possibilité pour tout un chacun d'étudier où il le souhaite dans l'un des pays de l'Union. Comme c'est le cas en Europe.

Imaginez un parlement Maghrébin qui siégerait à Oujda, Tlemcen ou même à Constantine. Et pourquoi pas dans les trois villes à la fois ?! 

Imaginez qu'on y décide de nos normes communes, de notre destin commun, que l'on ressuscite l'histoire, que l'on ait l'air tout à fait sérieux en exigeant une place de membre permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies (et qu'on soit crédible en faisant cela)... 

Imaginez un instant que les maghrébins arrêtent de se foutre sur la gueule les uns les autres et qu'au lieu de se tirer vers le bas, on aille tous dans le même chemin. 

Si tout cela vous parait aujourd'hui lointain, voire impossible, revenez à l'histoire, réapprenez qui nous sommes et redéfinissons des objectifs communs. 

Ceux qui nous ont divisé depuis l'indépendance de nos pays ont eu tort et l'ont fait uniquement sous l'impulsion du proverbe "diviser pour mieux régner". Les seuls au MONDE qui croient qu'un marocain est différent d'un algérien ou qu'un algérien est différent d'un marocain sont les algériens d'Algérie et les marocains du Maroc. Il vous suffit de traverser la mer et les européens vous ramèneront à la réalité : vous êtes avant tout un maghrébin

Nous avons le choix entre être quelque chose de grand ensemble ou de rester petits, individuellement.

Faites la queue, pas la guerre

Cela nous est tous arrivé de nous faire doubler dans une queue, ici au Maroc. Bien sûr, les valeurs sont tellement chamboulées chez nous, que c'est déjà une exception qu'il y ait une queue, mais quand il y en a une, il n'est pas forcément systématique que le marocain y voit un grand intérêt.

Pour le marocain, faire la queue ne règle pas son problème. Quand un marocain arrive devant un service, une porte, ou même la soupe populaire, il ne comprend pas pourquoi ses concitoyens sont tous là, immobiles, attendant quelque chose de lointain, alors qu'ils pourraient tous se ruer en même temps, jouer des mains et des coudes, pour essayer d'être servis en premier.

Donc quand il y a une queue de 20 personnes, il n'est pas exclu que quelqu'un double tout le monde et se positionne pile poil devant le guichet. Cette prouesse nécessite beaucoup de "dureté de la face", comme on dit chez nous, mais il faut croire qu'on est beaucoup à avoir ce don, ici-bas.

Les scientifiques ne savent pas à quel moment exact l'Homme de cromagnon a cessé de l'être pour devenir l'Homme moderne. Certains disent que c'est l'invention du feu, d'autres que c'est l'évolution et la complexification du langage... Moi je pense que c'est arrivé le jour où il a compris l'intérêt de faire la queue.

Le mépris de la queue, chez nous, n'est pas le signe d'un snobisme particulier. Le riche ne fait pas la queue, parce qu'il ne se mélange pas au peuple, certes ; mais le pauvre ne fait pas la queue, parce qu'il n'en a pas envie. C'est juste comme ça, on trouve ça ridicule de s'aligner avec discipline et patience. Ce n'est pas digne de nous. Le mépris de la queue chez nous c'est partout, vraiment partout. A l'aller, à l'aéroport quand la pauvre hôtesse annonce l'embarquement et que tout le monde se rue en entonnoir, comme si l'avion allait partir sans eux. Au retour, à l'aéroport toujours, quand on veut passer le contrôle des frontières plus vite que le monsieur qui patiente avant nous depuis 15 minutes déjà. Le plus horrible avec cet exemple de l'aéroport, c'est qu'on n'est pas seul. M3ana lbarani, et khbarna kate wsal.

Je ne sais pas si une étude sera faite un jour, mais je suis absolument certain qu'il y a une corrélation positive et forte entre : faire la queue, avoir une circulation fluide et vivre heureux.

Mais bien sûr, tant que c'est le magueulisme qui l'emportera (et le mépris de la queue en est un symptôme clair et net), il ne faudra pas s'étonner de vivre dans la jungle. Pas besoin de changer une constitution, pour réformer un pays : faisons la queue et on nous prendra peut-être un peu plus au sérieux dans des revendications plus poussées.

Il faut toujours un drame

"Il faut toujours un drame" est le titre d'une chanson de rap que j'écoutais plus jeune. Elle racontait en gros qu'il fallait toujours un drame pour réagir. Ça n'a jamais été aussi vrai.

Au Maroc, il a récemment fallu un drame (et le mot est faible) pour que l'on se rende compte de l'existence d'une coquille dans le code pénal marocain, une de plus en fait. Quand je dis "on s'est rendu compte", je parle bien sûr de nous autres bourgeois des villes marocaines, vivant dans des quartiers plutôt tranquilles. Il ne faut avoir aucun mal à reconnaître qu'une barrière finit par se dresser pour nous écarter ou nous cacher de ce que vivent une majorité de marocains au quotidien, dans la plus grande des indifférences.

Le drame en question est celui du suicide d'une jeune fille qui ne supportait plus de vivre avec son "homme". Un scénario de série à l'eau de rose mexicaine ? Non, Amina Filali ne s'est pas suicidée par caprice amoureux ou sentimental. Pour lui rendre totalement  justice, il faudra préciser que l'homme en question qu'elle a épousé l'avait violée. Drôle d'approche de séduction.

Sans cynisme, voici les faits : Amina est comme des dizaines de femmes qui se font violer, je dis des dizaines parce qu'elles doivent être rares dans le Plus Beau Pays Au Monde (aka Maroc) à porter plainte et donc à être recensées. Mais Amina, elle, a vu son affaire arriver devant la justice. Comble de l'ironie, ce qui était censé être une délivrance pour elle s'est vite transformé en son pire cauchemar. La famille de la défunte a en effet accepté de la marier à son agresseur... Histoire d'étouffer l'affaire. Vous savez, on a toujours peur des on-dit, la hchouma, toutes ces choses de mentalité de pays sous-développé.

Voilà comment Amina a épousé son violeur et que six mois plus tard elle s'est donnée la mort en conséquence. Je vous propose de prendre quelques instants pour digérer tout cela, parce que moi-même je suis remonté comme très rarement par un fait d'actualité et que je compte bien ne rien pardonner à tous ceux qui ont permis volontairement ou involontairement d'en arriver là. D'ailleurs, on m'a beaucoup reproché mon indignation sous prétexte que ces choses-là sont des choses courantes dans notre pays. Rien que pour cela, je suis doublement plus indigné, outré et triplement scandalisé. Franchement les gens, quand vous n'avez aucune sensibilité, quand plus rien ne vous étonne, quand vous n'avez plus envie de vous battre pour rien, au moins laissez tranquilles les gens que ça affecte profondément. Et si, en effet, l'histoire de Amina est en train de se reproduire en ce moment même pour d'autres "Aminates", c'est une raison de plus de se mobiliser, ou au moins de le dénoncer. Quand est-ce que ça se fera sinon ? Qui le fera ? Pas vous, à ce que je vois ! Non, je ne suis pas naïf et ça n'a été mon cas que rarement, je suis même le champion du scepticisme et c'est plutôt ça que l'on me reprocherait plus souvent, mais je sais reconnaître un acte de barbarie, pas vous apparemment. A bons entendeurs.

Le premier responsable est indéniablement le mari-violeur. Il l'est à tel point que mon objectif ici n'est pas d'enfoncer des portes ouvertes. Je vais donc passer mon chemin et ne pas commenter une évidence en le traitant d'animal et autres adjectifs qualificatifs. S'il est malade qu'on le soigne et s'il est sain qu'on le castre. Je plaisante à peine, passons, vraiment.

J'identifie deux responsables : le législateur et la famille. Je ne sais pas d'ailleurs qui des deux est le plus fautif et je reviendrai là-dessus pour expliquer pourquoi. D'autres personnes considèrent qu'il y a un troisième responsable dans ce drame : Amina elle-même. Je vous jure ! Vous allez voir. On va d'ailleurs commencer par ce premier "responsable" (je mets les guillemets pour vous signifier que je ne suis absolument pas d'accord, et je vous mets cette précision entre parenthèse au cas où vous ne seriez pas assez subtil, cher lecteur !).

Amina est responsable pour deux raisons : elle s'est fait violée + elle s'est suicidée. Si elle s'est fait violée, donc probablement qu'elle l'a cherché un peu, non ? Si elle n'avait pas suscité l'envie, si elle n'avait pas attiré l'oeil de son prédateur, il ne l'aurait peut-être jamais remarquée... Si elle était bien emballée dans son voile, niqab et toute la panoplie de la parfaite musulmane, elle serait parfaitement saine. Je peux vous promettre que c'est ce que pensent 80% des marocains, qu'ils le disent ou pas, qu'ils soient des hommes ou des femmes. Nous sommes dans une culture et un environnement où le viol est reproché à la victime (qui pour le coup n'est pas si victime que cela, si on les croit). C'est dégoûtant. C'est dégoûtant parce que nos femmes, nos filles et nos mères sont toutes susceptibles d'être violées et dans ce cas, on s'amuserait moins à émettre des jugements de valeur sur leur style vestimentaire ou sur leur extravagance si un jour un tel malheur devait nous frapper dans notre entourage. C'est dégoûtant parce qu'on justifie un comportement animalier et prédateur, non pas par la cruauté du violeur, mais par la docilité de la proie. Quand on raisonne de cette manière, on accepte de vivre dans la jungle. On n'a plus qu'une solution : emballer toutes nos femmes comme des toupies. Ce raisonnement est tellement dégradant pour la femme, que c'est impossible qu'il n'ait pas été inventé par des hommes misogynes, pervers et, disons-le, cons. Le raisonnement ouvert et plein de bon sens est que l'homme n'est pas forcément un bonobo et que ce n'est pas parce qu'une fille l'attire qu'il doit y voir une permission pour la faire passer à la casserole. Il y a la religion, certes. L'islam demande aux femmes de ne pas "provoquer" les hommes, mais je n'ai jamais lu de hadith ou de sourate où dans un alinéa bien caché on pourrait déceler "et au pire, les hommes, si vous succombez, c'est la faute à ces salopes !". Il me semble bien que la retenue est de mise des deux côtés, alors arrêtez de nous baratiner avec la religion et la détourner pour justifier des relents totalement machistes et d'un autre temps.

Pardon pour la digression, revenons à Amina la responsable : on a vu que c'était parce qu'elle était violée, parlons de son suicide. Elle s'est suicidée. Oh la la, c'est un interdit total. Non, je ne parle pas de l'interdiction pénale de se suicider (une autre démonstration des efforts de notre législateur à pondre des lois totalement... futiles), mais bel et bien de l'interdiction religieuse, un poil discréditante pour Amina. Sachant très bien que je m'avance en terrain miné (remettre en cause l'interdiction de se suicider en islam, c'est tout aussi impossible que remettre en cause l'interdiction du concubinage quoi !), je vais essayer d'aborder le sujet différemment. On ne peut pas reprocher à Amina son suicide sans reprocher à Mohamed Bouazizi le sien. D'ailleurs, je pense que les gens qui en arrivent à ce point culminant de la critique facile sont les mêmes, ou en tout cas de la même haute école culturelle.

Dans les textes c'est carré : ne vous suicidez pas, c'est écrit dans le coran noir sur blanc. Je voudrais cependant formuler la question suivante : Mohamed Bouazizi a pêché lourdement en se suicidant, est-il damné pour autant ? Sur le papier c'est assez manichéen tout ça : tu te suicides, tu vas en enfer, parce que tu es un mauvais. Mais on ne peut pas ne pas voir les conséquences de son acte, il a déclenché un soulèvement dans tous les pays arabes et une prise de conscience dans ces pays arabes qu'on n'était pas condamné à vivre en sous-citoyen, qu'on pouvait aspirer à la liberté, au partage équitable, etc. Et même si ce printemps arabe est en train de tourner court, il y aura un avant et un après l'immolation de Bouazizi. J'aime d'ailleurs à rappeler que la démocratie française ne s'est pas construite au lendemain de la prise de la Bastille, mais qu'il a bien fallu environ un siècle pour stabiliser les choses. Le plus important c'est que la dynamique soit enclenchée. Bouazizi mérite-t-il l'enfer pour son acte ?

Franchement, je ne saurai dire s'il mérite l'enfer ni même le paradis, je veux juste vous inviter à de l'humilité par rapport à ces choses très techniques en religion. Quand vous jugez les gens, quand vous dites "celui-là ira en enfer" ou même "celui-là ira au paradis", vous êtes en train de vous prendre pour Dieu, vous êtes en train de décréter à la place de Dieu, et je pense que pour Dieu, faire cela est plus dangereux que de se donner la mort. C'est votre droit de condamner le suicide, comme moi je condamne l'IVG "de loisir" ou comme on pourrait condamner l'euthanasie (ou du moins en débattre sérieusement), mais par pitié, n'énoncez pas de sentences d'enfer et de paradis, vous n'êtes pas Dieu. Humilité les amis, seul Dieu jugera la personne que vous prétendez juger, et d'ailleurs il vous jugera aussi, et nous tous. ('fin, bref)

Pour revenir à Amina, c'est pareil. Elle n'a pas déclenché une dynamique aussi active et aussi étendue que Bouazizi, néanmoins voilà. Laissez les jugements divins, au Dieu, nous n'en sommes pas. 

Amina n'est pas une responsable, les vrais responsables sont une société oppressive, bête et cruelle (représentée dans le cas de Amina par la famille, les parents surtout), ainsi que notre législateur, qui au bout du compte n'est que le résultat de notre société (ce n'est pas totalement mathématique vu l'état de notre démocratie, mais un peu quand même).

J'imagine bien la scène : un jour ou un soir, le père apprend que sa fille a eu un "accident de la vie", la virginité est partie, l'honneur avec (un parallèle intéressant). La mère pense déjà que sa fille va rester "bayra", un peu veuve avant même de se marier. En gros, cette fille se transforme en boulet pour toute la famille, un poids. Je les imagine peut-être la réprimer, mais au fond ils essayent juste de comprendre ce qui s'est réellement passé. Peut-être même qu'ils essaient, qu'ils espèrent que c'est de la faute à la petite mineure (ah oui, je n'avais pas précisé jusque là : Amina était mineure). Si c'est de sa faute, au moins ils pourront l'engueuler, la battre, lui faire subir un enfer, plus légitimement. Si ce n'est pas de sa faute, peut-être qu'ils feraient exactement la même chose. Quoi qu'il en soit, l'affaire arrive en justice. Une bonne nouvelle qui n'en est pas, une bonne nouvelle qui nous rappelle que la justice en question est marocaine et archaïque, un pléonasme. L'ironie bat son plein.

L'ironie bat son plein d'autant plus que le juge décide contre toute attente (se sent obligé ?) d'appliquer la loi. Une loi ancestrale et poussiéreuse qu'il ressort. Plus précisément un article de loi qui, j'imagine, a été mis en place avec des bonnes intentions derrière, trop bonnes intentions d'ailleurs et trop prétentieuses intentions : réparer le dommage subi. Essayer de recoller les morceaux, au lieu de punir. Un peu comme si on voulait mettre en place un dispositif de réconciliation entre deux époux pour éviter qu'ils en viennent au divorce. Sauf que voilà, Amina n'était pas mariée, elle n'était même pas majeure et on a largement établi dans ce billet qu'elle n'a pas forcément choisi de se faire violer. L'article de la loi que j'appelle "je-te-viole-et-je-t-epouse-comme-ça-on-reste-copains-quand-même" est à peu près le suivant : "Lorsqu'une mineure nubile ainsi enlevée ou détournée a épousé son ravisseur, celui-ci ne peut être poursuivi que sur la plainte des personnes ayant qualité pour demander l'annulation du mariage et ne peut être condamné qu'après que cette annulation du mariage a été prononcée" (Cf: source).

Je m'imagine dans la tête du père : "on lui refourgue la fille, comme ça c'est pas grave pour son honneur, de toute façon s'il a du culot il demandera pas si elle est vierge avant le mariage...".

J'hallucine... 

En fait, au bout du compte, c'est peut-être les gens qui s'en foutent de cette affaire qui ont raison. Je suis si fatigué d'avoir raconté tout cela qu'au final je ressens un profond sentiment d'inutilité. Cette catastrophe est une affaire courante dans ce pays et je me sens tellement impuissant et tellement inutile. Alors peut-être qu'au final mon indignation me permet de me donner bonne conscience tant je ne peux rien y faire, mais voilà, c'est dit. Vous en faites ce que vous voulez à votre tour. J'en ai fini, c'est une course de relais, soit vous poursuivez la course soit vous arrêtez, mais j'ai tellement l'impression que rien ne changera jamais que ça me fout le vertige.

Reste plus qu'à faire la queue pour un visa.

"Papa, est-ce que tu payes des impôts ?"

Non, ce n'est pas un enfant de 7 ans qui pose la question à son père après avoir entendu "payer les impôts" à la télé. C'est bel et bien un étudiant de 20 ans (en économie qui plus est). En fait, c'est moi.

Après une année en France, j'ai découvert naïvement que ce peuple non-lointain et ami avait une préoccupation annuelle : payer l'impôt. Moi qui ai grandi dans une famille de la classe moyenne casablancaise, je n'ai jamais entendu mon père parler d'impôts. Du moins, je ne l'ai jamais entendu parler des siens (étant fonctionnaire de l'administration fiscale, les impôts ça le connaissait ! Et avec le temps... On commençait à connaître aussi, à la maison).

Etant donné que ma naïveté est limitée quand même, j'ai fini par comprendre qu'au Maroc l'impôt est prélevé à la source. L'Etat taxe directement le salaire. Ainsi, l'Etat est assuré d'un revenu mensuel conséquent, alors qu'outre-méditerranée, les "contribuables" traînent les pattes à la cérémonie de remplissage de paperasse fiscale, de déclarations de revenu et j'en passe. 

Je n'ai pas pu m'empêcher de penser que cette taxation à la source était un service que l'on rendait au marocain. En effet, l'administration marocaine étant ce qu'elle est, le citoyen marocain appréhende d'avoir affaire avec elle. Néanmoins, je pense que ce prélèvement à la source a comme effet néfaste de rendre l'impôt indolore. Bien sûr, cela arrange l'Etat : un citoyen qui serait conscient qu'il donne le tiers de son salaire à l'Etat se ferait plus insistant pour que la route qui relie sa maison à son travail soit mieux goudronnée, que l'hôpital public où sont soignés ses enfants soit mieux équipé, etc. En rendant l'impôt "fluide" et automatique, le citoyen en perd la notion. Il se met alors à raisonner en salaire net au lieu de considérer son salaire brut, il renonce à l'idée même qu'il peut agir sur le levier de l'impôt pour augmenter son pouvoir d'achat.

Voilà, mon côté populiste a parlé. 

Parité oblige, je laisse s'exprimer mon côté régalien.

Je vous ai parlé de l'administration marocaine qui est ce qu'elle est... Ce n'est rien face au MAROCAIN qui est ce qu'il est aussi. 

Des "citoyens" qui ne sont même pas capables de faire la queue correctement sont, à mon avis, très loin de cet esprit citoyen assidu qui les poussera chaque année à remplir leur déclaration d'impôt. Le marocain repoussera toujours l'impôt, jusqu'au jour où le redressement fiscal lui tombera sur la tête, et à ce moment-là encore, il cherchera à magouiller, à corrompre, bref à passer entre les filets. Dans un pays où on donne 100 dirhams au policier au lieu de 700 dirhams au Trésor Public sans aucun remord, juste parce que c'est "moins cher", croyez-moi que l'impôt ne passerait pas. De toute manière, va donner 30 000 dirhams de salaire annuel brut à une secrétaire en lui expliquant que chaque année elle devra se déplacer d'elle-même pour payer 5 000 dirhams d'impôt sur le revenu d'un coup... 

De toute manière, dans un pays où prospère l'économie parallèle, il faudra engager des millions de contrôleurs fiscaux au ministère des finances pour pouvoir examiner toutes les déclarations fiscales. 

Alors tant pis, continuons à avoir de l'impôt "indolore". Laissons passer la pilule en douceur, autrement elle ne passerait plus du tout. Et merci.

Foutez la paix au Morocco mall

Que n'ai-je pas entendu en lisant, écoutant, analysant les commentaires des gens qui attaquent le Morocco mall. Du plus absurde aux plus ou moins absurdes, ces commentaires et ces commentaires de commentaires sont non seulement inutiles (le morocco mall est un fait, qu'on l'aime bien ou non), mais en plus ces commentaires sont d'une lourdeur exécrables qui me fait sortir de mes gonds.

Voici quelques commentaires et critiques adressées au morocco mall que je me permets de démonter :

1. Il a coûté très cher, le Maroc est un pays pauvre, il nous faut plutôt des routes bien goudronnées, des écoles et des hôpitaux

Ce premier point est celui qui revient le plus. C'est aussi le plus absurde quand on sait que le morocco mall est le fruit d'un investissement privé, certes marocain, mais aussi étranger. Un investissement qui s'élève à 2 milliards de dirhams (~ 180 millions d'euros).

La critique est que cet argent aurait pu mieux être dirigée. Dans les oeuvres sociales, dans les hôpitaux (où des marocaines accoucheraient dans les couloirs) et dans les écoles qui sont classées parmi les dernières au monde. Mais ces gens-là ont-ils seulement une notion de ce que peut signifier un investissement privé ? Pensent-ils que les investissements, marocains ou étrangers, se sont réunis un jour et se sont dit "hé les mecs, j'ai 2 milliards : on les distribue à tout le monde ou on monte un projet à but lucratif ?".

Quand je pense en plus que la majorité des gens avec qui j'ai eu ce genre de discussions sont des étudiants en économie et en management... 

Le vrai problème, c'est la démagogie. Sortir des arguments bidons pour s'indigner. S'indigner de tout et n'importe comment. Les investisseurs sont des carnivores : ils veulent manger rapidement. Ils n'ont PAS dépensé 2 milliards de dirhams pour le bleu de nos yeux, non, ils n'ont rien dépensé en fait. Ils ont INVESTI, et ce qu'on attend d'un investissement c'est une rentabilité. Alors vas faire des écoles et des hôpitaux !

Je sais, c'est moins mignon dit comme ça, le monde est cruel. Mais c'est comme ça. Il faut arrêter de dire et de prétendre que "2 milliards ont été détourné". Non ! Il n'y avait pas 2 milliards qui étaient destiné au peuple démuni et qui finalement on été adressés ailleurs... 

Les écoles, les hôpitaux et les routes bien goudronnées, je suis le premier à en vouloir. Bien évidemment. Mais ce ne sera jamais des investisseurs étrangers qui s'occuperont de telles choses, il faut se réveiller ! Si vous voulez vous indigner, faites le contre l'Etat, laissez les investisseurs investir, on en a bien besoin.

La réalité, c'est que si le morocco mall n'avait pas été fait, eh bien il n'y aurait pas eu plus d'hôpitaux pour autant.

2. Le Morocco Mall est "cher"

C'est clair. D'ailleurs, beaucoup se demandent si ça va tenir la route et si l'objectif du CA à 5 milliards par an sera tenu. Mais je veux dire, à la limite, quel est le problème ? Les prix ne sont-ils pas censés être adaptés à la demande ? 

Personnellement, je crois dur comme fer que les gens qui ont fixé ces prix savent ce qu'ils font et n'ont pas envie de se précipiter vers des faillites. Si vous trouvez que les articles sont surévalués, alors ne les achetez pas (vous n'aurez pas le choix de toute façon), et si tout le monde fait comme vous, les prix seront bien obligés de baisser.. Ou alors c'est la faillite, ce qui arrangerait les gens qui sont contre ce mall.

Nul n'est obligé d'acheter au Morocco Mall, et si ce centre commercial cible sa clientèle, eh bien ce n'est pas encore interdit par aucune loi. 

La vérité c'est qu'il y a une demande (plus ou moins forte) sur des produits de luxe. Et la vérité c'est que les marocains vont en Europe ou dans les pays du golfe pour satisfaire cette demande. Préférez-vous booster l'économie locale en créant 20 000 emplois directs et indirects et générer des recettes pour l'Etat ? Ou préférez-vous que les gens qui ont de l'argent continuent à aller le dépenser ailleurs ?

3. Le Morocco Mall va créer de la frustration

Selon cette dernière thèse, le Morocco Mall va faire prendre conscience aux pauvres qu'ils sont vraiment pauvres...

Je sais que nous parlons-là de gens pauvres... Mais est-ce une raison pour les prendre pour des cons ? 

Pensez-vous vraiment qu'un pauvre de ce monde ne sait pas qu'il l'est à l'heure de l'internet, des chaînes satellites, des séries étrangères qui passent sur les chaînes nationales ? 

Vous pensez vraiment qu'il a attendu le Morocco Mall pour être frustré ?

Ce qu'il faut dire c'est que les marocains disposent aujourd'hui du 5ème plus grand mall au monde, qu'ils peuvent y trouver des articles dernier cri dans tous les domaines. Que ce mall est une débouchée et une échappatoire pour une classe moyenne casablancaise qui suffoque et à qui on propose si peu d'activités. Sombrer dans le populisme et dans la démagogie ne fera pas construire d'hôpitaux ni d'écoles.

Je m'arrête là même si mon indignation n'a pas de limite à ce sujet.

La place des femmes

En cours de français, le professeur nous a demandé de partir d'une citation de Simone de Beauvoir et de rédiger un paragraphe. C'est ce que j'ai fait. Voici la citation extraite du Deuxième Sexe :

On ouvre à la femme les usines, les bureaux, les facultés, mais on continue à considérer que le mariage est pour elle une carrière des plus honorables qui la dispense de toute autre participation à la vie collective.

Lire la suite...

La crise de la zone euro

            La zone euro est une union monétaire regroupant les pays de l’U.E. ayant adopté une monnaie unique. Ils sont au nombre de 17 pays[1] au jour d’aujourd’hui. La zone euro a été créée en 1999 par 11 pays fondateurs et s’est au fur et à mesure ouverte à d’autres pays de l’U.E. Les critères d’adhésion à la zone euro requièrent :

·         Un déficit public inférieur à 3% du PIB ;

·         Une dette publique ne dépassant pas 60% du PIB ;

·         Une inflation maîtrisée ;

·         Une indépendance de la Banque centrale du pays.

            Aujourd’hui, peut-on dire que l’euro a plombé les économies des pays concernés ?

            La zone euro ne constitue pas une zone économique optimale et les économies des pays de la zone euro ne sont pas homogènes. Les politiques économiques et sociales de ces pays sont non seulement diverses et variées, mais aussi concurrentielles entre-elles. Ces disparités remettent en cause l’existence d’une monnaie unique pour des pays avec des ambitions inégales et des puissances économiques qui ne sont pas du même niveau. Plus la crise de la zone euro bat son plein et plus il y a d’économistes pour pointer du doigt l’euro, cette monnaie forte héritière du deutschemark qui aurait précipité les problèmes des pays actuellement en difficulté. L’euro a eu l’effet pervers de permettre à la Grèce d’emprunter partout dans le monde comme si elle était l’Allemagne, alors qu’à l’évidence la Grèce n’a pas le dos aussi solide que l’Allemagne, de par leurs économies.

            Voilà le constat, on a fait croire à des pays pauvres qu’ils étaient devenus riches avec l’adoption de l’euro. Ce qui s’est passé, c’est une baisse généralisée du pouvoir d’achat dans la majorité des pays où l’euro a été adopté. Le passage des « petites monnaies nationales » à l’euro a provoqué une inflation qui se mesure au quotidien (vu la montée des prix des denrées alimentaires de base, par exemple) et a contrario les revenus n’ont été convertis en nouvelle monnaie que nominalement. On s’est retrouvé avec des pays sans frontières (ni économiques ni physiques), des niveaux de vie quasiment semblables, mais des SMIC différents (environs 1000 euros nets en France et à peine 800 en Espagne, par exemple).

            A partir de là on peut dire que l’euro a appauvri des pays et enrichi d’autres créant ainsi une grande disparité de pouvoir d’achat entre pays voisins. Des populations se retrouvant sur le même marché de consommation mais avec des niveaux de revenus différents. Par contre, l’Allemagne est l’un des pays à avoir tirer profit de cette monnaie forte. En réduisant au possible les charges sociales sur ses entreprises au détriment des salariés et concurrençant des pays comme la France (pour l’industrie automobile). Ainsi, alors que la plupart des pays de l’Europe de l’ouest se désindustrialisent à cause des délocalisations, l’Allemagne est un des pays qui résistent le mieux. Les révoltes et la grogne sociales ne se sont pas fait attendre dans les pays souffrant des disparités et pour répondre aux exigences populaires, les gouvernements ont eu recours à l’emprunt.

            Jusqu’à ce que la crise économique et financière éclate en 2008, les disparités économiques et les défaillances des systèmes ne se voyaient pas trop ou en tout cas n’inquiétaient pas. Mais depuis ce test grandeur nature, les pays les plus fragiles ont commencé à branler.

            Le cas le plus urgent est bien évidemment celui de la crise grecque dont on sait aujourd’hui que les précédents gouvernements ont menti sur les comptes de leur pays afin de pouvoir intégrer la zone euro. Mais d’autres pays sont dans le collimateur des agences de notation. On attend, à tout moment, des mauvaises nouvelles en provenance des autres PIGS[2].

            A y voir plus près, la crise de la zone euro ne résulte pas des difficultés financières de ses Etats. Les Etats-Unis dans une situation financière qui n’a rien d’enviable et pourtant on ne parle de « crise du dollar », ou alors on est plus préoccupés par la situation de l’euro.

            Alors qu’est-ce que les EUA ont de plus que les pays de la zone euro. Facile ! Un gouvernement fédéral, une banque centrale agressive (Fed) et une vision économique commune. L’Europe et l’U.E. n’ont rien de tout cela à tel point que aujourd’hui, si la Grèce devait faire faillite et cesser le remboursement de sa dette, cela ne sera  pas juste un cataclysme pour ses créanciers, mais aussi un signal fort mais négatif quant à l’avenir de l’Union Européenne.



[1] Pays fondateurs (1999) : Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Finlande, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal ; rejoints par : Grèce (2001), Slovénie (2007), Chypre (2008), Malte (2008), Slovaquie (2009) et Estonie (2011)

[2] Sigle pour Portugal, Italie, Grèce et « Spain ».

Pourquoi je ne voterai pas aux législatives anticipées

Le citoyen marocain n'est pas au courant (peut-être parce qu'il s'en fout) mais je lui signale que nous sommes à la veille de la troisième élection législative sous le règne du roi Mohammed VI. Déjà en 2002 seule la moitié de la population semblait être au courant (ou en avoir quelque chose à faire) et encore moins en 2007 où seuls un quart des électeurs ont jugé utile de se déplacer.

Je n'ai pas voté aux législatives jusque là. Bon, d'une part parce que je ne suis électeur que depuis 2009 et de l'autre parce que je n'en aurais pas eu envie de toute façon. Même maintenant alors que j'ai ma carte d'électeur entre les mains (enfin, quelque part dans un tiroir de mon bureau), je ne pense pas me déplacer en octobre prochain.

Voyez-vous, je suis un marocain perplexe. En 1999 lorsque sa majesté Mohammed VI a accédé au pouvoir, on nous a expliqué que le pays était devenu démocratique. Déjà à l'époque, il y avait de quoi être perplexe, parce que le discours officiel fut qu'on était depuis toujours un pays démocratique. En 2002, premières législatives de la nouvelle ère donc. L'Union Socialiste des Forces Populaires "remporte" l'élection, ou en tout cas, c'est le parti qui remporta le plus de sièges au parlement (le paysage politique marocain étant construit de façon à ce qu'aucun de la quarantaine de partis ne puisse se distinguer en remportant la majorité absolue des sièges). Là, coup d'éclat monarchique : le Roi nomme un technocrate chef d'entreprise à la tête du gouvernement. Ah bon ? Eh bien tant mieux, c'était une personne compétente finalement, ce Driss Jettou.

En 2003 et à l'issu d'un bras de fer avec les islamistes, le Roi réussi à faire adopter un nouveau Code de la famille, modernisant ainsi cette institution basique de la société. De nouvelles lois et de nouveaux droits, plutôt favorables à la gente féminine dans une société patriarcale. Cette fois, c'était la bonne : le Maroc devenait enfin un pays démocratique. Du moins, selon les médias officiels. Notons que la même année, les attentats terroristes qui ont frappé Casablanca et fait une cinquantaine de morts ont vu le régime recourir à ses vieilles pratiques de torture et d'arrestations arbitraires dans sa lutte contre le terrorisme. Est-ce que cette fin louable justifie-t-elle pour autant les moyens employés ? Plus de 2000 barbus fichés ont été incarcérés. Si on admet que quelques uns d'entre eux avaient en effet un lien quelconque avec le terrorisme, on peut être certains que tous ceux qui en avaient pas ont certainement contracté ses idéaux dans les "prisons à barbus". Good game government!

En 2005, le roi lance "L'initiative nationale de développement humain". Une initiative qui, comme son nom l'indique, vise à augmenter l'Indice de développement humain au Maroc. L'idée est d'aider les gens à s'en sortir, non pas en leur donnant le poisson mais en leur apprenant à le pêcher. Excellente initiative  qui n'a pas suffisamment les moyens de ses ambitions mais qui reste une idée sympathique. Cette initiative est royale. Peu importe, du moment qu'elle soit efficace, mais je veux dire que le gouvernement n'a pas pu y penser tout seul.

En 2007, une nouvelle élection se profile et le roi s'engage à désigner le futur premier ministre du parti qui aura remporté le plus de sièges (puisqu'une majorité absolue est à exclure en dehors d'alliances probables, ce dont l'engagement royal ne tient pas compte). Cet engagement "tombe mal" puisque cette année on s'attend que les islamistes raflent la mise. Une étude américaine leur attribue jusqu'à 40% des sièges du parlement. Mais soit, c'est la démocratie qui décidera, c'était honorable.

A mi-chemin de l'élection, Casablanca sera à nouveau la cible d'attaques terroristes, toute une série. Les mois de mars et avril 2007 seront marqués par les arrestations spectaculaires de la chère police nationale avec son "swat" et ses unités spéciales à l'américaine. Ces incidents plomberont d'ailleurs la saison touristique, pour un Maroc qui s'était fixé d'atteindre les 10 millions de touristes à l'horizon de 2010 (c'était devenu un slogan médiatique gouvernemental).

L'élection finit par arriver, et les surprises n'étaient pas des moindres. Tout d'abord, fausse alerte, circulez, il n'y a rien à voir ! Avec leur ~ 10% de sièges, les islamistes sont loin de ce qu'on attendait (craignait ?) d'eux, mais ce score leur permit de se placer en seconde place juste derrière le Parti Istiqlal (Indépendance, et ils le sont vis à vis de leurs électeurs) qui arrive donc en tête. Le chef de parti, Abbas El Fassi, vieux sénile courbé par la vieillisse, un grand dinosaure de la politique marocaine tout juste sorti d'une grave affaire d'escroquerie est propulsé, conformément à l'engagement royal, à la tête du gouvernement. Ouf ! Au moins, c'est pas les islamistes ! (Ironie quand tu nous tiens.)

La peste ou le choléra ? Les marocains n'avaient plus leur mot à dire et c'est ce monsieur qui succédera au plutôt sympathique Driss Jettou. Et avec lui toute sa famille et belle-famille obtiendra des places clés dans le gouvernement et les administrations de l'Etat. La légende veut que ce monsieur a été désigné à la tête du gouvernement pour donner aux marocains une leçon et les punir de ne s'être pas déplacés aux urnes. 34% des électeurs inscrits sur les listes électorales, soit largement en dessous du cinquième de la populations.

Les observateurs étrangers furent les seuls ravis de ces élections : pour la première fois de l'histoire, le Maroc pouvait se targuer d'avoir organisé une élection transparente. Mais à quel prix ! Depuis ce jour-là, j'en suis sûr : le Maroc était devenu une démocratie. Plus aucun doute, le vote libre est l'essence de la démocratie et désormais on l'avait. Les médias officiels nous ont alors annoncé la nouvelle : nous étions devenu un pays démocratique. Et avant on l'était pas ? Trois points de suspension. (je sais, je sais, mais je préfère l'écrire)

En 2008, un ex-homme fort du Ministère de l'Intérieur défraye la chronique en créant le Parti Authenticité et Modernité (ou l'inverse). Cet ex-homme fort est aussi l'ami du roi et son ex-camarade d'école. Ce parti nouvellement créé eut une méthode originale pour grossir ses rangs : non, il ne recruta pas des adhérents parmi la population avide de faire de la politique mais auprès de députés déjà en place. Plus rentable politiquement ! Ainsi commença une épopée de migrations de députés qui quittaient les partis où ils étaient élus pour atterrir dans ce nouveau parti de parvenus et de gens voulant être sous l'aile de l'ami du roi. Ainsi, en l'espace de quelques mois, un parti qui n'avait pas participé à des élections devenait une force politique majeure au sein du parlement. Nous sommes très forts, nous les marocains.

Pour se légitimer, le PAM présenta ses pions aux élections communales de 2009 et rafla 20% des communes marocaines. Oui, on parle bien d'un parti créé moins d'un an auparavant. A partir de là, les spéculations vont bon train et on annonce déjà que Ali El Himma, son fondateur, allait certainement se retrouver à la tête du gouvernement pour les législatives de 2012. Les opposants dénoncent alors un hold up sur la démocratie marocaine. Plus étonnant encore, on apprit que le PAM s'était placé à l'opposition sur l'échiquier politique, c'est alors que la stratégie pour 2012 s'éclaircit : contrer le gouvernement actuel pour paraître comme une alternative crédible. Le PAM s'assit donc auprès des islamistes au parlement, et les partis ne se supportaient guère depuis les communales où le PAM entra en confrontation directe avec eux. On comprit alors que si le rôle du PAM devait sans doute être la monopolisation du pouvoir dans les élections libres à venir, il devait aussi ne laisser aucune place sur le terrain de l'opposition aux islamistes. Un joueur qui attaque et se repli pour défendre, le rêve de tous les entraîneurs de foot.

Le destin du PAM semblait scellé. C'était sans compter le printemps arabe et le ras le bol des peuples.

Pour apaiser la contestation populaire, le roi a annoncé un changement radical et une révision constitutionnelle en mars dernier et celle-ci fut votée finger in the nose début juillet. Pour parfaire le tout, l'élection législatives est anticipée. Cette dernière mesure survient pour répondre à ceux qui demandent de "démettre le gouvernement", une formule poli qui signifie surtout "virer la famille El Fassi". Les marocains n'en veulent pas à la famille royale, mais il est clair qu'ils ne veulent pas d'autres familles régnantes !

J'ai voté oui à ces changements constitutionnels, parce que ces changements étaient objectivement corrects. Je me suis déplacé pour voter oui alors que je savais bien que ça allait passer sans problème, suite au matraquage publicitaire que subissait le pays dans ce sens-là. Les taxis rouges, les taxis blancs, les clubs de foot, les cabarets de Aïn Diab, tout le monde a milité pour le "oui". 

On a fait croire aux marocains que la question "Êtes-vous pour l'adoption de la nouvelle constitution ?" signifiait en vrai "Êtes-vous pour la monarchie ? (répondre par "oui" ou par "pour")". Voilà ce qui explique les résultats, surtout que les marocains sont en majorité écrasante monarchistes, et moi aussi.

Les élections législatives, c'est autre chose. D'abord, je crois dur comme fer que tout texte de loi au Maroc ne fait office que d'ornement face aux vrais centres de décision que sont... Le cabinet royal et la volonté du roi. Quelle que soit la constitution, quel que soit son contenu, il n'y a que cela qui compte. La liberté de la pensée et de l'expression sont libres au Maroc ? Ok, alors pourquoi suis-je en train de peser mes mots et retourner ma langue trente fois dans ma bouche avant de rédiger ? De quoi est-ce que j'ai peur si je suis libre ? 

La liberté est un slogan, la démocratie une illusion au Maroc. "Démocratie", "le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple" selon Abraham Lincoln. Je n'ai pas cette impression là quand je m'arrête quelques minutes pour observer mon pays. Non seulement je n'ai pas l'impression qu'on est en démocratie, mais pire encore, j'ai l'impression qu'on ne la mérite pas quand je vois que quiconque dispose d'une once de pouvoir dans ce pays, en use à des fins personnelles avant tout.

Alors non, je n'irai pas voter pour un parti quand je sais que aucun parti ne sera majoritaire. Je ne voterai pas parce que c'est inutile, parce que c'est le roi qui fait tout, parce que les meilleures initiatives sont de lui (entre autre parce que le gouvernement n'initie jamais rien). J'ai définitivement décidé de ne pas voter en écoutant le Premier ministre annoncer solennellement que son programme était celui que lui fixait le roi et être fier de cette déclaration oubliant qu'il commettait une boutade envers tous ceux à qui il a fait croire qu'il avait son propre programme lors des élections.

Non, je ne voterai pas pour les pantins que sont les parlementaires. Ces gens qui, démuni de tout pouvoir concret (malgré la nouvelle constitution) se font diaboliser jour et nuit comme s'ils avaient le pouvoir de faire quelque chose d'autre que ce qu'ils font de mal (à défaut de pouvoir faire du bien).

Je respecte beaucoup trop la démocratie pour aller voter, je respecte beaucoup trop cette urne pour fourrer dedans un papier qui ne sera pas pris en compte. Je déteste me sentir inutile.

Je respecte aussi la monarchie et l'avantage avec elle c'est qu'on n'a pas besoin de se déplacer pour approuver ou refuser quoi que ce soit. Heureusement qu'au Maroc il y a très peu de choses qu'on pourrait lui refuser (diminuer un peu son train de vie par décence envers tous les pauvres de ce pays pauvre).

Le rappeur marocain Don Bigg dit dans sa chanson controversée "Ma Bghitch" (anti-20feb) que le changement doit venir d'en bas. Je veux bien, mais si un effet domino devait avoir lieu, il est censé au final déboucher sur quelque chose, or tel que Bigg voit les choses (peut-être parce qu'il ne voit pas la fin de ce changement qui proviendrait d'en bas), à quel moment ce changement venant d'en bas déboucherait s'il ne débouchait pas sur un changement "d'en haut" (encore à définir) ?

La Grèce va-t-elle déposer le bilan ?

La Grèce n'en finit plus de mendier à gauche et à droite pour tenter de sauver les restes. Seulement, ses voisins européens sur lesquels ce pays compte sont eux-aussi dans une situation peu enviable.

Aujourd'hui, on le sait : la Grèce a depuis toujours menti sur l'état de ses comptes, afin de pouvoir adhérer à la zone euro. Une situation ironique quand certains économistes nous apprennent que c'est peut-être à cause de ce changement de monnaie que la Grèce a vu son économie s'effondrer.

L'euro, héritière du deutschemark, est une monnaie beaucoup trop forte pour convenir aux besoins d'une économie grecque axée principalement sur le tourisme. La compétitivité de ce pays se voit ainsi bridée par cette monnaie et les délocalisations font baisser les recettes de l'Etat.

Il faut dire que les grecs ont la réputation de ne pas payer d'impôts et que dans ce pays on a créé tellement de "niches fiscales" que payer l'impôt devient une exception. Les grecs ne veulent rien savoir et les plans d'austérité passent très mal. 

Objectivement, qui peut leur en vouloir ? S'il y avait moyen d'y couper, personne ne paierait d'impôts. Alors oui, il y a l'idéal national et l'intérêt général à mettre en avant, mais concrètement ces idéaux sont reléguées au second plan dès qu'on passe au concret. Aujourd'hui les grecs ne veulent pas payer pour ce qu'ils considèrent être "la faute du capitalisme", mais alors, qui paiera ?

Ce pays méditerranéen dont le PIB ne représente que 3% du PIB de l'Union Européenne l'a chamboulé profondément en la mettant face à ses contradictions. On ne peut pas avoir une monnaie commune, un marché commun et pas une politique économique commune, voire un gouvernement supra-national. Au fil des traités, les européens se sont imposés une entité politique technocrate et vaguement anti-démocratique. Le parlement européen n'ayant pas de gouvernement européen à contrôler et le Conseil des ministres européens dictant ses actes à la Commission européenne. Ne parlons pas de l'institution quasi-fictive de la Présidence de l'Union européenne, qui non seulement rentre en conflit avec la Présidence tournante, mais qui en plus ne sert à rien, à l'image du Président de l'Union européenne que personne ne connait, j'ai nommé monsieur Van Rompuy.

Ce casse-tête institutionnel européen est à l'image des ambitions diverses et variées des leaders européens qui n'ont pas assez d'objectifs en commun. Entre les fédéralistes, les confédéralistes et ceux qui veulent maintenir le statut-quo, l'Union européenne peine à s'affirmer comme étant la première puissance économique et politique au monde, une position qui devrait largement lui revenir si seulement les pays européens arrêtaient de faire deux pas en arrière à chaque fois qu'ils font un pas en avant.

La situation grecque et bientôt celle des PIGS démontre l'inefficacité de l'Union à apporter des réponses à ses membres et un dépôt de bilan de la Grèce sera non seulement une catastrophe pour tous ses créanciers, mais sonnera le glas de l'Union Européenne. Il faudra alors décider si les Etats européens veulent être forts ensembles ou faibles individuellement, à l'heure où la Chine arrive à pas de course.

Que restera-t-il du "Monde Arabe" au terme de son Printemps ?

Où en est la révolte ?

Lorsque Mohamed Bouazizi s'est immolé début janvier 2011, il ne se doutait pas qu'il allait déclencher une révolution arabe généralisée sans précédent dans toute l'Histoire. L'indignation absolue qu'a suscité son acte désespéré a dans un premier temps émue, puis électrifiée toute une population tunisienne qui s'est reconnue en Bouazizi. "Nous sommes tous Bouazizi", scandaient-ils.

Depuis, trois régimes sont tombés (Tunisie, Libye, Egypte), la Syrie est sur les traces de la Libye en matière d'insurrection populaire. Malheureusement, le silence de la communauté internationale condamne les insurgés syriens à compter leurs morts par centaine, chaque jour. La Syrie n'est pas la Libye bien que Al-Assad réprime les manifestants pacifiques avec autant de férocité que ne le faisait Kadhafi. La différence se situe dans le voisinage. La Syrie est un pays frontalier de l'Iran, pays en conflit permanent avec l'Occident depuis la révolution islamique. De pareilles conditions changent la donne et poussent l'OTAN à tourner sa langue dans sa bouche sept fois avant de faire la moindre déclaration à caractère belliqueux envers la Syrie (et son alliée qui se sentirait certainement visé par la même). Le tout sans parler des réserves de pétrole libyenne qui en font un pays plus rentable à "libérer", à l'heure où les économies occidentales sont à la faillite.

La révolution en Syrie devra se faire donc de l'intérieur et avec le courage de tous ces amoureux de la démocratie qui donnent leur vie chaque jour, c'est une question de temps avant que les défections au sein de l'armée et des forces de police n'affaiblissent le Système. A ce rythme, nous allons certainement vers une guerre civile totale. Mais contrairement à la Libye, l'OTAN ne pourra pas intervenir directement. C'est alors que le temps d'un conflit, nous revivrons une guerre froide entre l'OTAN et l'axe du mal comme l'appelait Bush fils ; c'est-à-dire d'un côté l'OTAN et ses alliés qui soutiendront les rebelles en cachette et l'Iran qui fera tout pour maintenir le régime qui lui est favorable et qui lui sert d'avant-poste en Syrie.

Le Yémen, l'Algérie, la Jordanie ? D'autres pays qui peuvent encore monter dans le train en marche de la Libération des peuples arabes.

"Peuples arabes" késako ?

Moyen-âge

"Monde arabe", "peuple arabe"... De quoi parlons-nous ? 

Parlons-nous d'une entité politique qui a disparu depuis le XIIIème siècle ? C'est-à-dire du califat Abbasside, le dernier empire "purement arabo-musulman" avant qu'il ne soit absorbé dans l'immense Empire Ottoman (à l'exception du Maroc déjà indépendant et de l'Andalousie qui ne tardera pas à être "reconquise" par les européens).

Ce que nous appelons "monde arabe" aujourd'hui doit donc être cette zone géographique de l'ex-Empire Ottoman où la population parlait l'arabe, en plus du Maroc et de la Mauritanie. Une zone géographique s'étendant de l'océan atlantique jusqu'à la Syrie. Du maghreb au mashrek.

Colonisation totale

Au XIXème et XXème siècles, lorsqu'il était de bon temps qu'un pays européen choisisse un autre pays pour en faire un frigo à ciel ouvert, les différentes provinces ottomanes arabes n'ont pas échappé à la règle : 

  • La France ouvre le bal en prenant Alger dès les années trente du XIXème siècle. Suivra alors sans tarder (dans le désordre) la Tunisie, le Liban, la Syrie et enfin le Maroc que la France arrache aux allemands contre une partie de ses territoires au Congo ;
  • Le Royaume-Uni superpuissance du XIXème siècle s'empare de l'Egypte après s'être mis d'accord avec la France, il ne tardera pas à avoir une influence sur la Palestine puis sur toute la péninsule arabique ;
  • L'Italie se consacre à la Libye ;
  • etc.

Décolonisation catastrophique

Après la Seconde Guerre Mondiale, les ex-super puissances sont ruinées et n'ont plus les moyens de leur politique impérialiste, c'est alors que sous l'impulsion de la jeune ONU et des Etats-Unis (super-puissance dévoilée par la Guerre) que s'amorcera le processus de décolonisation progressive.

Cette décolonisation donna naissance à des Etats arabes fragiles, sur tous les points. Les économies développées dans ces pays étaient des économies primaires coloniales basées sur la rente et l'exploitation de la terre (ressources minières, agriculture non-industrielle, etc). Les infrastructures développées en terme de routes se contentaient de relier les grandes métropoles d'un pays en laissant la majorité écrasante de la population rurale en marge. Les chemins de fer marocains en sont un exemple : les français ont construit un port à Casablanca et depuis "tous les trains mènent à Casablanca" au Maroc ! Ce qui expliquerait par ailleurs l'essor relativement démesuré de cette ville par rapport aux autres (et à leur détriment ?).

Les colons sont partis et les autochtones étaient là, ils devaient gérer leurs pays fraîchement libérés. C'est alors qu'une réalité affreuse les a frappé : les petites gens qui ont lutté pour expulser le colon dehors ont oublié dans la foulée d'emmener leurs enfants à l'école et à la libération ils se sont rendus compte que c'est une élite, qui a peut-être collaboré avec les colonisateurs, qui dispose dans ses familles de jeunes diplômés capables de diriger le pays. Un ordre social se mettait déjà en place.

La Naqba, le Choc

Lorsque l'ONU vote en 1948 le partage de la Palestine et l'instauration d'Israël (en dédommagement pour la Shoah), "les arabes" en tombent des nus. Ils voyaient en cette décision des Etats de l'ONU, une trahison et l'introduction d'un corps étranger, un virus, afin de définitivement briser "l'unité arabe" même dans sa géographie.

Les arabes de l'époque, à peine militarisés, lancent une offensive contre le jeune Etat hébreu qui sera repoussée. Le mythe du petit Etat de quelques km² qui repousse l'assaut d'une dizaine d'Etats tous plus grands que lui (du moins en superficie) rend l'humiliation très rude à supporter pour les perdants.

Les conséquences politiques sont inouïs à l'époque : en pleine guerre froide, les pays arabes vont définitivement se diviser en deux groupes officieux, celui des monarchies et celui des républiques (d'inspiration vaguement marxiste). Les républicains qui renverseront plusieurs monarchies arabes de l'époque expliqueront l'Humiliation militaire par la trahison des monarchies installées au départ des colonisateurs.

Les égyptiens ouvrent le bal en instaurant la république au pays des pharaons et à partir de là, des complots vont naître un peu partout dans le monde arabe afin de changer les régimes en place. Après Nasser en Egypte, un certain Kadhafi exile le roi de Libye et s'installe à sa place pour quatre décennies, la famille Al Assad arrive au pouvoir en Syrie, Saddam prend l'Irak et j'en passe et des meilleurs. Le tout se passe traite rapidement, en l'espace d'une vingtaine d'années environs.

La menace des républicains conduit les monarchies survivantes (Marocaine, Jordanienne, et le reste des monarchies du Golf) à serrer le vice sécuritaire en commettant les pires atrocités inhumaines envers tous types d'opposants (républicains ou pas).

Pendant que les rois seront occupés à se maintenir éternellement sur le trône et pendant que les "républiques arabes démocratiques et sociales" se vidaient de leur sens, le chômage s'accroissait, l'économie stagnait. Bref, tout le monde bougeait sauf le "monde arabe".

Conditionnement de la révolte

Il s'est passé énormément de choses qui ont préparé cette révolution arabe. Aussi spontanée soit-elle, elle est conditionnée par des années de frustrations.

La montée en puissance des courants islamistes est quelque chose de récent. C'est le fruit de l'échec des régimes arabes à combler les attentes les plus primaires de leurs citoyens (travail, logement, dignité). L'islamisme a besoin de désespoir pour prospérer, de miséreux pour former les rangs de ses soldats et de citoyens débilisés par l'Education nationale défaillante pour adhérer à ses thèses. Le chômage aidant et le marxisme reculant, l'islamisme prospéra.

La guerre d’Afghanistan donna naissance à des groupes armés endoctrinés se réclamant de l'islam afin de contrer l'arrivée des soviétiques. Ils furent alors financés par les USA qui étaient peut-être loin de se douter qu'ils étaient en train de créer Al Qaïda. Ses rangs étaient formés d'émigrés arabes venus en masse faire la guerre sainte, dont un certain fils de notable : Oussama ben Laden et l'actuel chef de la nébuleuse Ayman al-Zawahiri, le non moins sympathique par ailleurs.

Lors de l'effondrement de l'URSS, les USA se sont imposés pendant dix années comme la seule super-puissance politico-économico-militaire. Fermer l'oeil sur les pratiques de certaines dictatures arabes en contre-partie de leur allégeance à contrer les Rouges n'était plus nécessaire, ce qui donna lieu aux libérations de prisonniers politiques au Maroc dans les années 90 et la fermeture des dernières prisons secrètes dans ce pays, par exemple.

Enfin, la mondialisation aidant, les arabes ont commencé à s'équiper en moyens de communication divers et variés. Les chaînes des télévisions satellitaires libèrent les peuples arabes du joug des télévisions nationales gouvernementales. L'information n'étant plus un monopole étatique, les choses ont commencé à se dire plus clairement sans que la censure ne puisse atteindre ces sources d'information délocalisées. Al Jazeera est créée en 1996, en 2011 cette chaîne prend une telle ampleur que les "régimes sortants" s'y sont tous pris plus ou moins ouvertement, ses journalistes ont plus ou moins été persécutes et on usa de toutes les combines pour empêcher la chaîne qatari d'émettre. Le régime égyptien détenant 51% des parts d'un satellite émettant Al Jazeera dans le monde arabe (Nilesat) n'a pas hésité à suspendre purement et simplement l'émission, en toute illégalité. Le régime libyen tenta de brouiller le signal. 

Pour finir sur Al Jazeera, cette chaîne a souvent été dénigrée par les responsables politiques de ces régimes autoritaires. Etant eux-mêmes les moins amènes à donner des leçons en liberté d'expression et en déontologie journalistique, Al Jazeera ne pouvait rêver meilleure publicité. Pourtant, elle n'est pas exempte de toute critique... Et je reviendrai là dessus plus tard dans un billet dédié.

La dernière pièce qui a permis d'organiser cette révolte spontanée (oui, ma phrase contient une contradiction de taille et un non-sens, mais c'est voulu), c'est les fameux réseaux sociaux. Facebook par-ci, Twitter par-là. On appelle les jeunes qui manifestent dans la rue "les jeunes de Facebook" systématiquement. Je reste sceptique là-dessus. D'abord, je ne veux pas que cet outil de flicage universel sans nul autre pareil dans l'Histoire de l'humanité soit érigé en un symbole d'émancipation. Ce n'est pas fair-play de ma part, mais je reviendrai là-dessus aussi.

Ensuite, je pense que l'absence de réseaux sociaux n'a pas empêché la Prise de la Bastille. Tout au plus, les réseaux sociaux furent bien physiques en ces temps-là.

Enfin, ce qui a réellement lancé ce printemps arabe, c'est la réussite de la révolution tunisienne. Elle-même due à la non-intervention des Etats-Unis (en tout cas, pas en défaveur des révolutionnaires) mais surtout à la ferveur populaire qui a résisté aux matraques et aux tirs à balles réelles. Si la révolution tunisienne avait été réprimée dans le sang, il ne s'en serait certainement pas suivi cet effet de contagion au voisinage. Si Ben Ali n'avait pas "abdiqué" (sans vouloir faire de lui un héros) et si l'armée tunisienne (et plus tard égyptienne) ne s'était pas rangée du côté du peuple, rien de tout cela ne serait arrivé.

Qu'en restera-t-il ?

La situation dans les pays "libérés" n'est pas enviable, ne nous voilons pas. Bien que chacun des trois pays soit différent, on retrouve quelques éléments communs : l'insécurité, le vide politique et la crise économique et financière.

Insécurité et vide politique

La chute d'un régime provoque forcément de l'insécurité, surtout quand cette insécurité est elle-même précipitée par le régime sortant qui retire ses forces de l'ordre, d'abord pour les orienter contre les manifestants et ensuite pour laisser prospérer l'activité truande avec le message suivant : "sans nous pour vous protéger, voilà ce qui vous attend".

A cela je réponds simplement que celui qui sacrifie un peu de sa liberté pour disposer d'un peu de sécurité ne mérite certainement ni l'une ni l'autre.

Le vide politique quant à lui est un cycle vicieux qui se crée de facto lorsque le pouvoir en place. Il se maintient à court terme à cause de la susceptibilité qu'auront les révolutionnaire à voir s'installer un nouveau pouvoir, comme si on faisait la révolution pour abolir le pouvoir et non pas pour en changer... A long terme se perpétue si l'ancien système a tout fait pour anéantir et débiliser et décrédibiliser la classe politique de sorte qu'aucun ne paraisse pouvoir prendre la relève.

Crise économique et financière

Pourquoi il y a une crise économique dans ces pays après la révolution ? Parce qu'il y en avait déjà une avant ! Celle-là, elle était facile. D'autant plus qu'elle ne reflète pas la réalité.

Certes, le chômage et la mauvaise ou l'absence de redistribution des richesses sont les moteurs des révolutions, mais cela ne veut pas dire que l'économie du pays se porte mal. La Tunisie a connu un essor économique formidable ces dernières années. Malheureusement, il n'a pas profité à beaucoup de monde et le clientélisme et la corruption du système empêchait l'économie d'avancer encore plus rapidement.

Quand une Révolution éclate, le tourisme se rétracte et l'heure n'est plus à la bronzette au bord de la piscine. Pour des pays comme la Tunisie et l'Egypte, le secteur touristique est vital et un tel repli endommage l'économie. D'autant plus que les touristes prendront leur temps avant de revenir dans ces pays-là. Il faut réinstaurer la confiance et ça prend du temps. Pour la Libye c'est plus simple : avant, le pétrole se vendait, maintenant, c'est aux arrêts. 

Après la sécurité, c'est sur l'économie qu'il faut plancher en urgence parce que la rue n'est pas raisonnable. La rue arabe a déjà souffert de décennies de paupérisation et de misère et maintenant qu'elle est libérée, elle est impatiente de voir tous ses rêves se réaliser. Or, la démocratie n'implique pas systématiquement la prospérité. La seconde puissance économique mondiale est une dictature inébranlable.

Si l'on ne fait pas très attention, il y a un risque de révoltes déstabilisantes (qui aggraveront la situation économique encore plus) voire même de contre-révolutions (militaires cette fois ?).

Le marasme ethnique 

On en arrive au piège ultime que peuvent receler ces révolutions arabes : le monde arabe n'est pas seulement habité par des arabes.

Cette constatation évidente pour les gens d'ici vous surprendra plus tard, mais le multi-ethnissisme que nous vivons ici est totalement dissimulé.

Les régimes totalitaires installés jusque lors "privilégiaient" (relativement) la majorité "arabe" alors qu'on oublie qu'au Maghreb il existe aussi les berbères. Les berbères marocains ont attendu 55 ans avant de voir leur existence reconnue par la constitution marocaine pour la première fois depuis l'indépendance. En Tunisie et en Libye, ils attendent toujours et au vu du débat vif qu'avait suscité cet ajout à la constitution marocaine par les "arabistes", on peut s'attendre à la même chose dans ces pays très similaires.

Les égyptiens n'ont pas attendu longtemps après la chute de Moubarak avant de commencer les escarmouches entre musulmans et coptes, ignorant les appels à l'unité nationale.

En Syrie, ce sera la même. Pour le moment l'ennemi est commun, mais après ?

Ces unions de circonstances entre le musulman et le chrétien, entre l'islamiste et le gauchiste, entre l'arabe et le berbère sont un acquis qui devrait être développé après les révolutions et non pas revenir à nos vieilles habitudes pour se bouffer entre-nous dès que l'ennemi commun disparaît.

C'est cette division qu'il faut colmater avant qu'elle ne soit à nouveau utilisée pour installer de nouveaux régimes totalitaires... Plus jamais.